Ceuta : Le Garde civil raconte l’histoire derrière la photo du nourrisson qu’il a sauvé 

Ceuta : L’histoire de la photo du nourrisson sauvé par un garde civil qui a fait le tour du monde

La photo d’un garde civil espagnol sauvant, mardi 18 mai, un nourrisson des eaux de la méditerranée a fait le tour des médias mondiaux ce jeudi 20 mai.

 

Il s’appelle Juan Francisco Valle. On le surnomme « Juanfran ». Ce plongeur de la Garde civile espagnole a raconté l’histoire de son héroïque sauvetage au large de la plage de Tarajal de Ceuta, mais aussi ce qu’il a vécu depuis lundi dernier quand des milliers de migrants marocains et subsahariens déferlaient sur la seule frontière terrestre –avec Melilla– entre l’Afrique et l’Europe.

Dans une interview avec CanalSur, il a raconté comment il s’est précipité pour aider une femme qui « restait à flot avec une sorte de flotteur jouet ».

De prime abord, il ne voyait pas qu’elle portait un enfant sur son dos. Il croyait qu’elle portait juste un sac à dos ou des vêtements ou quoi que ce soit d’autre, jusqu’à ce que «nous voyions –avec un de ses compagnons– la petite tête et comprenions que c’était un bébé».

Un garde civil qui risque sa vie au service du destin

Dans un acte suicidaire, la femme voulait rejoindre avec son fils « la terre européenne » à tout prix.  Juanfran l’a vu pendant qu’elle flottait du mieux qu’elle pouvait avec le bébé sur le dos. Il l’a très vite pris pendant que son compagnon – avec une bouée de sauvetage – a aidé la mère.

« La petite créature était mouillée, froide et pâle au point que je me suis précipité, battant de toutes mes forces tout en maintenant le bébé hors de l’eau », raconte Juanfran. Dans ses déclarations à la presse, il a précisé que l’enfant était « quasi gelé et ne bougeait même pas ».

Tout ce qu’il pouvait pour lui, c’était de le tenir tant bien que mal hors de l’eau. Car il l’a récupéré sur le dos de sa mère dans un état catastrophique au point qu’il était impossible de savoir s’il était encore vivant.

Héros de Jerez

« Je l’emmène à la plage pour que quelqu’un s’occupe de la Croix-Rouge puisse s’occuper de lui », déclare ce « héros de Jerez » (Jerez de la Frontera, une commune des Canaries, située au nord de l’île d’El Hierro en Espagne NDLR), comme la dénommé le quotidien catalan La Vanguardia.

Beaucoup de médias espagnols et autres, citant les autorités espagnoles, laissaient entendre que le nourrisson de deux mois serait en bonne santé.

La photo du bébé n’est que la partie immergée de l’iceberg. Celui du chaos qui a régné pendant des jours près du tristement célèbre passage de Tarajal.

« La photo du bébé est peut-être symbolique, mais il y avait beaucoup de gens qui pleuraient qu’il fallait que vous étreigniez et que vous embrassiez », a déclaré cet homme qui a vécu le « chaos de Ceuta » à CanalSur.

Des milliers de personnes nageaient, parfois habillés, les 200 mètres qui séparent le Maroc et « l’enclave espagnole » de Ceuta. Ce qui est fort épuisant. Juanfran et ces coéquipiers du Groupe spécial pour les activités sous-marines de la Garde civile de Ceuta, ont dû ces derniers trois jours faire face à une grande pression.

« Jamais vécu rien de tel »

« D’habitude, notre travail consiste à récupérer des dépouilles dans les eaux, mais cette fois, il a fallu sauver des vivants et dans toutes les conditions », a-t-il raconté à El Pais.

Depuis lundi, des milliers de migrants ont déferlé sur Sebta, comme préfèrent la nommer les Marocains. Profitant d’une marrée particulièrement basse et des difficultés de contrôle frontalier côté marocain face à l’ampleur des arrivées de migrants.

Les forces de l’ordre du côté marocain de la frontière ont dû user de la force pour disperser les foules des migrants qui attendaient le bon moment pour rejoindre l’eldorado européen.

Certains de ceux qui ont pu faire la traversée de 200 mètres ont été accueillis chaleureusement par les soldats espagnols. Ceux-ci étaient envoyés en renfort aux garde-côtes de Ceuta. On déplore plusieurs blessés avec des balles en caoutchouc. Plusieurs ont été évacués à l’hôpital Saniat-Rmel de Tétouan (à 35 Km de Ceuta).

Autant dire que les garde-côtes espagnols avaient du pain sur la planche.

« Nous avons essayé d’aider tant bien que mal, car beaucoup se noyaient », regrette JuanFran en précisant à El Pais qu’il n’avait pratiquement pas arrêté de nager pendant près de deux jours.

« Je n’ai dormi pratiquement que huit à dix heures depuis dimanche », tient à rappeler cet ancien plongeur dans la marine.

A la chaine  RTVE, il raconte qu’il n’a jamais vécu une telle situation. « C’est une frontière, avec tout ce que cela implique, mais on n’avait jamais vu un mouvement de migrants aussi intense », a-t-affirmé.

« Nous avons sauvé des vies », a-t-il déclaré avec fierté à l’autre chaîne espagnole La Sexta.